Une personne sur quatre hébergée au Samusocial est un enfant. Chaque jour, près de 500 personnes en famille dorment dans un lit du Samusocial, soit près d’une personne accueillie sur deux. Entre le 1ᵉʳ juin 2024 et le 31 mai 2025, le Samusocial a accueilli au sein de son Pôle Sans-abris 9 723 personnes en famille, dont 1 451 enfants en famille et 654 MENA (Mineurs Etrangers Non Accompagnés). Chaque jour, près de la moitié des places d’hébergement (47,8 %) sont occupées par des personnes en famille. Parmi elles, de jeunes enfants, des adolescent·es, mais aussi des nourrissons, parfois accueilli·es avec leur mère directement à la sortie de maternité.
Le Samusocial est aujourd’hui le principal acteur en Région de Bruxelles-Capitale à proposer, tout au long de l’année, des places d’hébergement d’urgence aux familles – à l’exception du Train Hostel de la Croix-Rouge, activé uniquement en période hivernale. Actuellement (en 2025), notre capacité d’accueil pour les familles s’élève à 525 places, réparties entre nos différents dispositifs. Ce nombre reste toutefois largement insuffisant : depuis le début de l’année 2025, plus de 6 000 personnes en famille n’ont pu être accueillies faute de place. Depuis l’entrée en vigueur, début août, de la loi fédérale relative au retrait de l’aide matérielle pour certain·es demandeur·euses de protection internationale, ce chiffre, qui atteint ponctuellement une centaine de personnes par jour, augmente de manière exponentielle, suscitant une inquiétude croissante. Nos équipes sont confrontées à des arbitrages impossibles, contraintes de décider quelles familles seront mises à l’abri et lesquelles devront rester à la rue. Une situation humainement insoutenable, vécue comme un profond échec par les travailleur·euses. Pour beaucoup de ces familles, le Samusocial représente le dernier filet avant la rue.
Parmi les personnes hébergées dans nos centres pour familles, les familles monoparentales sont les plus représentées, soit près de 70 %. Il s’agit dans la grande majorité de mères célibataires avec enfants. Plus d’un tiers de ces femmes sont victimes de violences conjugales et/ou intrafamiliales. En fuyant un conjoint violent, certaines perdent leur droit de séjour en quittant le domicile conjugal, basculant ainsi dans une précarité extrême. Après les violences conjugales, l’expulsion de logement et la rupture relationnelle figurent parmi les principales causes de rupture menant au sans-abrisme. Ces événements aboutissent à l’effondrement du lien social, à la perte de tout filet de sécurité, et à un isolement qui s’installe dès les premières fragilités.
Pour protéger véritablement les enfants, une approche globale est essentielle. En effet, si l’hébergement d’urgence reste indispensable, il ne permet pas d’assurer, dans sa forme actuelle, un cadre propice au développement des enfants : au-delà de la nécessité d’augmenter le nombre de places spécifiquement dédiées aux familles et de développer des dispositifs de logement de transition, il faut aussi, lors des séjours en centre, adapter la prise en charge aux besoins spécifiques des enfants.
Car protéger les enfants, c’est garantir leur droit fondamental à une enfance stable et épanouissante. C’est leur donner une chance réelle de se construire et de grandir dans un cadre serein.
Journée internationale des droits de l'enfant
À l’occasion de la Journée internationale des droits de l’enfant, le Samusocial a appelé à la mise en place de mesures concrètes afin de garantir un accueil digne et adapté aux besoins des enfants. L’objectif est que leur passage en hébergement d’urgence soit une étape de qualité, tout en restant une solution temporaire et de courte durée.
Dans cette optique, la campagne s’est articulée en deux temps : une phase de sensibilisation, suivie d’une phase de récolte de fonds.
La première phase visait à interpeller les responsables politiques en leur adressant des recommandations concrètes :
1. Proposer une prise en charge digne et de qualité durant la période d’hébergement des enfants.
2. Adopter une politique « zéro enfant en rue »
Après cette première phase de sensibilisation, menée du 17 au 30 novembre, la campagne s’est poursuivie par une phase de récolte de fonds visant à soutenir concrètement les actions du Samusocial en faveur des enfants et des familles.
Une campagne 360° pour sensibiliser et mobiliser
Le Délégué général aux droits de l’enfant et La Ligue des familles se sont associés au Samusocial et à cette campagne afin de rendre visible cette réalité et d’en souligner son urgence.
Pour toucher différents publics et multiplier les points de contact, nous avons développé une campagne 360° en collaboration avec l’agence Bonjour. Au cœur du dispositif : un court-métrage de sensibilisation construit autour d’un message simple et universel — « Un enfant ne devrait jamais dormir dans la rue ». Pensé pour susciter l’empathie et provoquer une prise de conscience, ce film a été diffusé sur les réseaux sociaux mais également dans des salles de cinéma (Palace, Vendôme, UGC )et dans plusieurs centres culturels, afin d’atteindre un public large et diversifié.
Cette narration visuelle a été renforcée par une série de visuels forts déclinés pour les réseaux sociaux et l’affichage urbain, grâce à un partenariat avec JCDecaux et Bauer Media, renforçant la visibilité de la campagne dans l’espace public.
Afin de transformer la sensibilisation en mobilisation concrète, une campagne digitale de collecte de dons a été organisée du 1er au 31 décembre. En s’appuyant sur l’univers visuel et narratif de la campagne, elle a permis d’engager le public durant une période clé de solidarité. Une vidéo a également été réalisée par l’influenceur/journaliste Félicien Bogaert, afin d’avoir un plus gros impact sur les réseaux sociaux.
Nous avons également souhaité donner la parole aux enfants concernés. Une série de podcasts a ainsi été produite pour porter leurs voix et aborder différentes thématiques issues du plaidoyer.
Enfin, cette démarche participative s’est matérialisée dans une exposition présentée au Parlement bruxellois et dans la station de métro Yser, réunissant des dessins réalisés par des enfants hébergés dans les centres d’urgence du Samusocial. Accompagnés par l’artiste bruxellois Vincen Beeckman lors d’ateliers créatifs, ils ont pu raconter leur vécu à travers des mots et des images. Leurs autoportraits offrent un regard intime et bouleversant sur leur quotidien.
En combinant création artistique, témoignages directs et diffusion multicanale, la campagne a réussi à transformer une problématique invisible en un sujet de débat public. Son objectif : interpeller les citoyens comme les décideurs et appeler à renforcer la protection des enfants sans abri et de leurs mères, souvent victimes de violences conjugales.
Résultats
Le total des recettes (dons ponctuels et nouveaux dons mensuels) s’élève à 181 540 € sur la période de novembre-décembre 2025.
Au-delà des dons directs, la campagne a permis de renforcer la visibilité du Samusocial, ouvrant la voie à de nouveaux soutiens et partenariats :
1. Viva for Life a accordé un subside de 95 000 € pour soutenir le projet ELAN, lancé début janvier 2025. Ce dispositif offre 39 places d’hébergement destinées à des familles sans solution de logement, proposant une solution transitoire adaptée pour des familles relativement autonomes, tout en contribuant à désengorger les centres d’hébergement d’urgence grâce à un accompagnement ciblé.
2. Vanessa Matz (Ministre de l’Action et de la Modernisation publiques) a mis à disposition le bâtiment ‘WTC4’, permettant l’ouverture? le 2 février 2026, de 100 places d’accueil supplémentaires pour des hommes isolés sans solution de logement. Ce dispositif temporaire, actif jusqu’au 20 mars, a renforcé la capacité d’accueil du Samusocial face à la hausse des besoins sur le terrain.
3. Un intérêt politique : Frédéric De Gucht (parti ‘Anders’) et la bourgmestre d’Uccle, Valentine Delwart, ont visité plusieurs dispositifs du Samusocial, permettant de mettre en lumière la réalité du terrain.
Implication interne
Cette campagne a mobilisé le service communication et récolte de fonds (3 ETP), pour un volume estimé à plusieurs centaines d’heures de travail, incluant la conception créative, la production des supports, la gestion des campagnes digitales, la coordination presse et la gestion des actions de collecte.
Leçons essentielles
Samusocial: "Cette campagne nous a permis de tirer plusieurs leçons essentielles sur la collecte de fonds et la sensibilisation. Au-delà de l’objectif financier, nous avons réussi à transmettre un message fort et pertinent, fidèle aux valeurs du Samusocial — créativité, authenticité et rigueur — de façon juste, sans tomber dans le pathos. Présenter des faits concrets et la réalité telle qu’elle est s’est révélé crucial pour engager le public sans être larmoyant.
Nous avons également confirmé l’importance d’une campagne 360, combinant visibilité street marketing, court-métrage, campagne digitale et communication classique. Chaque canal a renforcé les autres : cette complémentarité, sans répétition mais en synergie, s’est révélée essentielle pour maximiser l’impact.
La campagne a montré la puissance d’un message clair et stratégique. Aborder une thématique essentielle, jusque-là peu présente dans le débat public, a permis de sensibiliser efficacement le public et de mobiliser les décideurs. Fournir des recommandations concrètes a été déterminant : elles ont montré aux politiques une voie d’action claire, tout en donnant au public le sentiment que ces situations ne sont pas une fatalité et que l’on peut agir collectivement. L’expérience a également souligné l’importance des partenaires et du réseau, dont le soutien a amplifié le plaidoyer et permis de dépasser les limites de notre seule organisation. Enfin, la campagne a généré un impact au niveau des opérations : ouverture d'un nouveau dispositif ELAN, et mise à disposition du bâtiment WTC pour le Plan Froid Extrême. En résumé, cette action illustre qu’un message fort, une approche multicanale et une mobilisation partenariale sont essentiels pour générer un impact tangible, financier et sociétal, tout en renforçant la crédibilité et la visibilité de l’organisation.
Lien vers le campagne: https://enfants-sans-abri.samusocial.be/













